CULTURE : LES CONSEILS DE CAMILLE !

chaque semaine, une nouvelle oeuvre à découvrir

Crédit photo : Markus Spiske

Ce n’est pas parce que nous sommes confinés que nous n’avons plus accès à la culture. Bien au contraire ! Pour nous le démontrer, Camille Le Deun, médiatrice culturelle à l’Espace Armorica, fouille sur le web à la recherche de pièces de théâtre, concerts et autres spectacles à voir gratuitement. Découvrez chaque semaine une nouvelle oeuvre, de nouveaux artistes.

QUAND LE HIP-HOP DÉFIE LA GRAVITÉ !

« Vertikal » de Mourad Merzouki | 73 min | 2018

Laurent Philippe

Je me souviendrai du 2 juin 2017,  date à laquelle deux naissances auront à jamais marqué ma vie. Celle dont il est question dans cet article est purement artistique. Elle s’est produite dans le cadre du festival pluridisciplinaire « Art Rock » à Saint-Brieuc, qui cette année-là avait invité le talentueux chorégraphe Mourad Merzouki à La Passerelle, scène nationale de la ville. 

Directeur du CCN de Créteil et fondateur de la compagnie Käfig, ce dernier propose dans « Pixel » de nous immerger dans un univers numérique et sonore prononcé, magnifié par les performances physiques des danseurs. J’assistais à la naissance d’une expérience sensorielle forte et submergée par un flot d’émotions, je ne pouvais retenir mes larmes… 

Après avoir exploré la 3ème dimension dans ce spectacle, Merzouki signe avec « Vertikal » un retour à la matière physique. 

Initialement réduit, l’espace scénique s’ouvre progressivement et laisse place à un décor minimaliste et épuré. L’énorme bloc rectangulaire se scinde en parois mobiles, servant d’appui aux acrobates. Le choix des lumières, couplé à la chorégraphie, met en évidence la notion de verticalité et d’apesanteur. Le superbe solo féminin en fin de spectacle sonne comme une parenthèse onirique :
le corps est léger, gracieux, la bande son d’Armand Amar magnifiant cette exploration de l’espace aérien.

Le groupe se reconstitue. « Vertikal » questionne alors les notions de rencontre et d’altérité, d’efforts individuels au service d’une quête commune. En effet, ne peut-on pas  imaginer que la finalité serait d’atteindre le sommet de ce bloc massif ? Le rideau se ferme sur des corps flottants, en suspension, qui continuent d’exercer de subtils mouvements, tâtonnent et cherchent. 

J’y vois une similitude avec le confinement actuel. Le temps semble suspendu et selon que l’on habite un appartement ou une maison notre espace « scénique » quotidien est vertical ou horizontal, s’étire ou se réduit. Nous cherchons tous à nous extirper de cette pesanteur, de cette léthargie. Et bientôt, en conjuguant nos forces, nous atteindrons ensemble le sommet, prêts à dévaler le versant de Demain.

Rendez-vous sur France.tv !

Avec « Vertikal », le chorégraphe Mourad Merzouki défie la gravité à travers la danse verticale. Sur une musique d’Armand Amar, les danseurs, tour à tour porteurs ou voltigeurs, explorent en mouvements de nouvelles sensations : la suspension, l’équilibre, l’élévation ou la chute dans l’espace aérien. Découvrez cette performance vertigineuse au carrefour du hip-hop et d’autres disciplines comme l’escalade, présentée à l’Opéra Berlioz à l’occasion du festival Montpellier Danse.

« LES ENFANTS DE LA FÉE » : UN MIRACLE TSIGANE !

magazine de Sébastien Mesquida et Yann Le Gléau | 36 min | 2014

Alexandre Martin

En amont du spectacle des Kesaj Tchavé initialement prévu le 10 avril dernier à l’Armorica, plusieurs événements satellites étaient organisés. Si l’exposition « Tziganes, le paradis des yeux » de Johann Le Berre a pu être maintenue à la médiathèque, le documentaire programmé le 17 mars, a lui été annulé en raison du confinement. 

Bonne nouvelle ! Grâce à Yann Le Gléau et Sébastien Mesquida de What’s Up Production, vous pourrez visionner ce documentaire gratuitement sur Vimeo. 

À travers « Les Enfants de la Fée », nous ferons connaissance avec cette troupe de chant et de danse slovaque, qui réunit une trentaine de jeunes artistes roms âgés de 6 à 25 ans. Entraînés par le bouillant Ivan Akimov, ils transmettent leur culture et leur soif de vivre partout en Europe. Un miracle tsigane qui prouve que cette communauté peut réussir même quand tout contribue à la faire échouer. 

« Yann et Seb ont fait un boulot formidable, ils ont réussi d’emblée à parfaitement intégrer notre groupe et à comprendre de quoi il était question, d’en référer, correctement, honnêtement, sans la moindre trace de voyeurisme ni d´exotisme. Au contraire, leur témoignage est plein de respect, d’empathie, d´amitié » raconte Ivan Akimov. 

Prenons la route dès à présent en direction de la prestigieuse salle de l’Olympia, où la troupe assurera la Première Partie du concert des Ogres de Barback !

Comment visionner le documentaire ?

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3 > Profitez !

UN CONCERT ACOUSTIQUE

Gunwood | performance live sur Facebook | 22 mars 2020

Richard-Schroeder

Impossible de vibrer à un concert en période de confinement ? Camille Le Deun, médiatrice culturelle à l’Espace Armorica, nous prouve le contraire.

«  Confrontés à l’annulation de nombreux événements culturels, certains artistes ont souhaité conserver ce lien si cher qui les unit à leurs fans. Il est une initiative, une expérience à laquelle j’ai souhaité participer : la performance live de Gunwood sur Facebook le 22 mars dernier. 

J’ai découvert ce groupe de folk & blues en 2019 lors d’un concert mémorable à Plabennec. Gunnar Ellwanger, la voix principale du groupe propose un  live le soir-même avec une règle : lui proposer une liste de  nos titres favoris. 

Un concert à la carte ? Pourquoi pas ! Qui n’a pas un jour assisté au concert de son artiste favori, impatient d’entendre son morceau préféré ? Et quelle déception lorsque la dernière chanson annoncée n’est pas celle que l’on attendait… 

21h, je me connecte, les premiers spectateurs affluent. Gunnar nous accueille dans la pièce depuis laquelle il donnera ce concert acoustique. Par la simplicité du dispositif, une intimité s’installe entre les fans et le chanteur. Les titres s’enchaînent et respectant les règles dictées au début du live, j’écris mes réactions à chaud en commentaires. Je ressens à mon grand étonnement qu’il est presque plus intimidant pour l’artiste de se livrer à cette expérience singulière devant une petite centaine d’internautes que sur la scène d’un Trianon plein à craquer ! 

Le nombre de vues augmente, je m’absente alors pour me mettre aux fourneaux jusqu’à reconnaître les premières notes de « Rainchild ». J’accours devant l’ordinateur, et me mets à chanter en chœur avec les autres internautes, l’albumen de l’omelette naissante coulant entre mes doigts… 

Une vingtaine de minutes plus tard, l’artiste annonce la fin de ce premier concert. Un véritable moment suspendu dans le but de faire vivre la musique coûte que coûte.

Alors si en cette période de crise sanitaire, il est devenu quotidien d’applaudir le personnel soignant, saluons les artistes qui s’y associent à leur façon. Car la culture, rappelons-le est aussi vecteur d’une bonne santé mentale. « 

 

Rendez-vous sur la page Facebook de Gunwood

Entre folk hypnotique et blues-rock, le trio puise ses influences du post-rock aux musiques celtiques traditionnelles.

Après leur premier album Traveling Soul sorti en avril 2017, les Gunwood ont eu envie de prolonger le voyage. Gunnar Ellwanger (guitares, voix lead), Jeff Preto (basse, voix) et David Jarry Lacombe (batterie, voix) ont bousculé leurs titres en les mêlant à divers autres artistes ou amis.

SE COUPER DU MONDE POUR RESSENTIR

« Tangente » | court-métrage de Rida Belghiat et Julie Jouve | 27 min

DR

Cette semaine, Camille Le Deun, médiatrice culturelle à l’Espace Armorica, nous parle d’un court métrage haletant…

«  Grâce à votre abonnement à la médiathèque, vous pouvez accéder gratuitement à la médiathèque numérique mise à disposition par la Bibliothèque du Finistère. C’est après des recherches orientées que mon choix s’est porté sur un court métrage co-réalisé par Julie Jouve et Rida Belghiat. Ce film fut récompensé en 2016 par le « Prix Océans », crée par France Ô. Il entend distinguer un scénario portant sur l’Outre-Mer, qui sera réalisé et diffusé un an plus tard lors de la clôture de la « Quinzaine des Réalisateurs » au Festival de Cannes.

Je fus emballée dès la lecture du pitch : Florie, 28 ans, mère célibataire réunionnaise, participe pour la première fois à la « Diagonale des Fous », un ultra-trail mondialement réputé à travers les cirques de la Réunion, le Graal pour nombre d’entre eux…  Trois jours et trois nuits, à courir à travers l’Île, décidée à aller au bout d’elle-même, à affronter les démons de son passé.

Des questions surgirent : « Comment est-ce possible d’assurer le tournage en pleine compétition sportive ? », «De l’autre côté de l’écran, ressentirions-nous l’effervescence, l’excitation et le stress palpables sur la ligne de départ donné à Saint Pierre ? »

Boules Quies dans les oreilles, nous entrons immédiatement dans l’intimité de la jeune femme. Se couper du monde pour ressentir, se souvenir, s’affranchir du passé. Elle court dans un mutisme frôlant l’insociabilité et développe pourtant au fil des kilomètres une certaine résilience. La jeune femme sort de son silence, apprend à refaire confiance.

Nous comprenons au fur et à mesure de l’intrigue le titre du film : « Tangente »… Ne dit-on pas de quelqu’un qu’il « prend la tangente » lorsqu’il s’enfuit, se dérobe ? Lorsque l’on parle de quelqu’un, la tangente se dit aussi d’une personne « qui est sur le point de réussir, qui approche d’un résultat ». L’on comprend alors que les 167 kilomètres qui la séparent de la ligne d’arrivée sont les jalons d’une quête spirituelle et sportive, la Vie pour médaille. « 

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Florie, jeune maman réunionnaise, participe pour la première fois à la Diagonale des Fous, une course d’ultra-trail mondialement réputée. Pendant trois jours et trois nuits, elle court à travers les montagnes de La Réunion, décidée à aller au bout d’elle-même. Mais Florie n’est pas une coureuse comme les autres : elle va aussi devoir affronter les démons de son passé.

LOUFOQUE ET DÉJANTÉ !

« La nuit du cerf  » du Cirque Le Roux | Cirque contemporain | 86 min

Jean-Marc Helies

« La vie ne doit pas être un voyage en aller simple vers la tombe, avec l’intention d’arriver en toute sécurité dans un joli corps bien conservé, mais plutôt une embardée dans les chemins de traverse, dans un nuage de fumée, de laquelle on ressort usé, épuisé, en proclamant bien fort : ‘quelle virée’. »

«  C’est sur cette citation de Hunter Stockton Thompson que le spectateur est plongé dans la deuxième création du Cirque Le Roux.

L’histoire met en scène trois enfants, dont la mère est morte, qui se retrouvent dans la maison familiale afin de préparer les funérailles. Des retrouvailles chamboulées par l’irruption d’un mystérieux étranger. Les funérailles vont prendre un tout autre tournant…

C’est en 2017 que j’ai découvert la compagnie à travers le succès planétaire « The Elephant in the room », une comédie très visuelle, acrobatique et poétique, qui place l’intrigue dans l’ambiance d’un boudoir des années 30. Confinement oblige, en me renseignant sur les contenus publics de la plateforme France TV, j’ai repéré leur deuxième pièce. Allais-je ressentir le même ravissement ?

Eh bien oui ! À la croisée du théâtre, des arts du cirque et du cinéma, les 6 protagonistes exécutent des acrobaties à un rythme effréné. C’est drôle et enlevé, loufoque et déjanté. Le pari est réussi, derrière mon écran je partage l’enthousiasme des spectateurs, qui saluent les prouesses techniques des circassiens. Mon personnage préféré ? Sans hésiter Béa, interprété par Lolita Costet ! Elle est extravagante, délurée et drôle, excellente circassienne et comédienne. J’ai été bluffée à plusieurs reprises par la multiplicité des acrobaties. On retient son souffle tant ces dernières sont spectaculaires.

Le final est sublime, poétique, servi par une bande son créée par Alexandra Stréliski. C’est jubilatoire, exquis…

Bref, à ne pas rater ! « 

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Entrez dans l’univers aussi comique qu’étrange de la compagnie du Cirque Le Roux avec leur inquiétante histoire de « La Nuit du Cerf « jouée sur les planches du Théâtre Libre de Paris.